15/01/2008

Le Testament, roman de Jean TOUSSEUL

 

"Le testament" de Jean TOUSSEUL.

      (Cinquième roman de la série des Jean Clarambaux : Le village gris - Le retour – L'éclaircie – La rafale – Le testament.)   

     Malade depuis deux mois, Jean Clarambaux ne quittait pas le village brabançon où, sur recommandation du médecin, il était venu chercher le repos et le silence chez les Chantelier qui l'hébergeraient pour le temps de sa convalescence. Il ne recevait plus que de rares lettres de son pays et ne lisait que celles dont l'écriture lui était familière. Depuis le malaise qui l'avait frappé au beau milieu de son discours au parlement, "le temporel, sanglant et pitoyable, avait pris toutes ses forces pour le mettre finalement en face de l'éternel".

 

     Les Chantelier étaient pauvres. Monsieur, veuf, venu de Wallonie se fixer dans le Brabant flamand, ne percevait qu'une maigre pension qui le faisait vivre modestement, lui et ses deux filles. Jeanne, l'aînée, âgée de vingt neuf ans tenait le ménage et commandait dans la maison. "Elle avait promis à sa mère mourante de veiller sur la maison et le courtil". Elle était en quelque sorte la vestale des lieux. Marie-Rose, dix-neuf ans, était bavarde, étourdie mais prévenante et affectueuse. Madame Chantelier, née Larsimont, avait eu pour ancêtres des censiers lettrés que les armées de Louis XIV avaient ruinés. L'installation de leur pensionnaire constituait un apport inespéré.

 

     Jean se promenait parfois en compagnie de Marie-Rose dans cette campagne "laide comme un purgatoire" tandis qu'il "rêvait de ses féeriques hameaux du bord de l'eau". Ils allaient de fleur en fleur, d'oiseau en oiseau, il lui en disait le nom qu'elle oublierait sur-le-champ.

 

     Le jardin et le verger, douze ares en tout, étaient entretenus par Saturnin, un vieux Wallon protestant originaire du pays de Liège, "fixé au village après avoir travaillé dans toutes les usines de la capitale". "En guise de salaire, on lui donnait quelques francs, quelques repas ; il emportait sa part de fruits, et toute l'herbe du verger pour ses moutons". Sa femme, Sophie, "énorme, rouge, gaie", "venait faire la lessive de la maisonnée au bout du mois".

 

     L'inaction laissait à Jean beaucoup de temps pour rêver, pour se remémorer le passé, les gens, sa vie. "Ses vrais bonheurs avaient été, de  tout temps, des rêveries et de belles images de la nature". Mais après la foi de son enfance et de son adolescence, il avait découvert "le chaos universel". Il avait désormais pour unique image de la vie, des dévorants et des dévorés, "sous la beauté des couleurs, l'encens des parfums, le scintillement silencieux des astres visibles".

 

     Ses pensées étaient amères. Lui qui avait travaillé à l'édification d'une société sage et fraternelle comprenait que les hommes étaient des esclaves qui ne réclamaient que du pain et des jeux qu'ils payaient de leur liberté, de leur travail, de leur vie, tout comme dans l'antiquité. Seul le visage de l'esclavage avait changé depuis cette époque. Il en arrivait à penser que "l'homme était l'ennemi de la société qui voulait s'appuyer sur la solidarité de tous et chacun était isolément à la recherche de l'argent, des jouissances, des honneurs". "Le problème social n'était-il pas insoluble"? "L'égoïsme individuel détournerait toujours la société de ses fins éminentes". Il pensait que le temps était venu d'écrire son testament philosophique.

 

     Un jour, Monsieur Lantin vint demander la main de Jeanne. La perspective de ce mariage n'enchantait pas Jean. Il était convaincu que "le marchand de draps n'était pas le mari qui convenait à mademoiselle Chantelier". Il devait bien s'avouer qu'il se sentait heureux dans cette maison entre les prévenances et les conversations de la jeune, belle et bonne fée qu'était Jeanne et la compagnie du vieux Saturnin qui parlait souvent de son passé lointain. Avant de trouver le sommeil, il revoyait parfois "la belle image de la buanderie : la gorge et les bras blancs" qui s'était imprimée en lui la fois où il vit Jeanne penchée sur sa lessive.

 

     Mais, cela semblait être la règle dans la vie de Jean Clarambaux, "l'éclaircie fut de courte durée". Saturnin quitta brusquement le village pour rentrer au pays de Liège où l'un de ses petits-neveux se trouvait en prison pour avoir refusé de faire son service militaire. L'humeur de Jean s'assombrit de nouveau à mesure que les réflexions au sujet de l'armée, des guerres, des réfractaires, accaparaient ses pensées, ranimaient sa révolte. Il avait honte de ne pas être aux côtés du vieux pour "rallier les consciences distraites ou égarées des pauvres". Monsieur Chantelier parlait de l'incident "avec l'égoïsme d'un septuagénaire pensionné", et mademoiselle Marie-Rose "avec la surprise d'une adolescente qui admirait l'uniforme militaire". Pour mademoiselle Jeanne, les femmes, ne faisant pas la guerre, n'avaient pas le droit d'en parler.

 

     Une sorte de sérénité rentra dans la maison quand Saturnin réapparut. Son petit-neveu n'avait pas quitté la prison et acceptait son sort "avec une résignation de croyant". Il s'affaira aussitôt à réparer les petits dégâts que la forte tempête de la veille avait causés à la vieille maison.

 

     Quelque temps après, Saturnin repartit pour Liège où son petit-neveu avait entamé une grève de la faim. Cette nouvelle fut  source de profonde réflexion pour Jean au sujet du suicide, de la vanité de vivre, de l'existence même de l'espèce humaine. Grâce à la nature vivante "la demeure était entourée d'une sorte de bénédiction" mais "pourquoi la pauvreté l'habitait-elle ? Et pourquoi l'homme malade n'y recouvrait-il pas la santé et la clarté de l'esprit?"

 

     A l'annonce du mariage de Marie-Rose avec Julien Vermaes, le fils de son patron, il pensa "qu'on lui volait un attrait de la maison". Il n'avait vécu que pour ses idées et "n'avait fait que se tromper lui-même sur sa faiblesse". "Malgré son insupportable accent de la capitale", il trouva le jeune homme sympathique.

 

     Saturnin revint de Liège avec de meilleures nouvelles. Il avait su gagner à la cause de son petit-neveu les quelques personnes influentes qui infléchirent les décisions dans un sens favorable. Il était rentré chez lui, fort affaibli mais libre.

 

     Monsieur Chantelier fut engagé comme comptable dans la fabrique de biscuits du père de son gendre. Jean l'enviait un peu. "Il eût voulu se réfugier dans le petit bureau obscur que son hôte décrivait, y perdre sa personnalité, retrouver, chaque soir, une chambre calme où il eût dormi comme une marmotte. Un suicide, se dit-il".

 

     Jean s'estimait trop âgé, malade, enlaidi par un visage grêlé de la petite vérole contractée durant son enfance, blessé par la vie, pour songer à se marier un jour. Cependant, la froide vestale sous les traits de laquelle Jeanne lui était apparue au début, avait progressivement fait place à une jeune femme attentionnée, affectueuse même. L'insensibilité qu'il affichait envers ses charmes physiques était de plus en plus artificielle. Il devait bien s'avouer que, de cette maison, "il aurait bien du mal à s'en aller". Sous la plume subtile et poétique de l'auteur, l'aveu mutuel de leur amour profond finit par s'imposer à eux  avec plus de force que des mots.  Malgré que Jeanne lui avait appris qu'elle ne se marierait pas avec monsieur Lantin,  Jean était incapable de proncer cet aveu, il avait perdu tout contrôle sur sa destinée, il s'abandonnait  en proie à "la résignation née de l'impuissance et de la raison". Ce fut donc elle qui s'avança : "Voulez-vous bien que j'annonce notre prochain mariage à mon père et à Marie-Rose ? – Depuis hier, Jeanne, j'ai remis mon sort entre vos mains".  A cette nouvelle, la joie fut générale dans la maisonnée.

 

     Jean avait envoyé sa démission au parlement. Il tournait le dos à son existence de tribun pour retourner à la vie pour laquelle il était réellement fait, celle de l'homme sans nom et sans idée, simple, heureux de la présence caressante d'une femme aimante, dans une petite maison au verger peuplé des êtres vivants que la nature y avait réunis.

 

     Il se trouva un salaire en écrivant des amplifications poétiques pour une revue dont il avait connu le directeur au collège. Il n'y "parlerait plus des hommes, mais des phénomènes de la nature, des fleurs, des bêtes qui jamais ne le décevraient, ne le rendraient malade". "Pour avoir de temps en temps un peu de bonheur, l'homme ne devait pas être trop exigeant dans ses besoins spirituels ou matériels. Il ne devait pas non plus trop élargir le cercle de sa tendresse parce que ses moyens étaient limités et qu'il trébucherait très tôt, de déception en déception et de douleur en douleur. C'était une bénédiction d'ignorer les plaies qu'on ne pouvait panser".

 

     "L'existence de Jean Clarembaux ressemblait au cours d'une rivière qui, sortie d'une montagne, avait bondi de pierre en pierre, durant des kilomètres, entre une double haie de broussailles épaisses, et coulait désormais dans une plaine généreuse, claire, verdoyante".

 

     "On ne parla jamais plus de Jean Clarambaux. Sa vie s'était effacée comme le feuillet d'un livre sous un autre feuillet que tournent des doigts indifférents. Parfois, au loin, un homme ou une femme se souvenait encore de son étrange visage d'inspiré du temps passé, mais son nom se perdit bientôt et, au village gris du bord de l'eau, on ne sut jamais qu'il vivait son testament dans un jardin d'exil où le visitaient souvent les silhouettes des vieux morts du pays délaissé".

 

10:31 Écrit par Guibert dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean tousseul |  Facebook |

08/11/2007

Lecture : "Le village gris", de Jean Tousseul

 

    

"Le village gris" de Jean TOUSSEUL.

  

   

 

     Marie Clarambaux avait appris à coudre chez une couturière de Balanges[1] où, petite fille blonde de treize ans, elle se rendait tous les jours. Son frère Jacques travaillait aux fours à chaux et son père, à la mine de fer. Elle savait "que des gens mangeaient de meilleures choses qu'à la maison, mais ce qu'on trouvait chez elle était servi sur la table, entre papa, Man et Jacques".

 

     A seize ans, elle gagnait 25 centimes par jour en cousant chez Madame Badoulet où elle restait la semaine. C'est à cette époque que son père était mort inopinément et que Jacques, son frère, tira au sort le bon numéro, celui qui l'exemptait de faire son service militaire. Peu de temps après, sa mère était morte elle aussi.

 

     C'est alors que Jean Smal entra dans la vie de la jeune femme que Marie devenait. Elle fut obligée de rester à la maison car la voisine qui s'occupait du ménage depuis la mort de sa mère n'était plus en mesure de le faire. Jean Smal demanda la permission à Jacques de rendre visite à sa soeur à la maison. Il l'obtint après avoir juré qu'il l'aimait pour de bon. "Et puis, mon Dieu ! il arriva ce qui arrive...Elle devint brusquement une grande fille, enamourée, angoissée, reconnaissante, confuse, grave soudain de ne plus rien ignorer".

 

     Leur bonheur fut de courte durée, Jean Smal, casseur de pierres, décéda accidentellement le 2 juin 1890, à l'âge de vingt ans. Peu de temps après, Marie annonça à son frère qu'elle attendait un enfant. La semaine suivante, Jacques descendit dans la mine d'oligiste[2] au Bâti-Dryane pour pouvoir subvenir désormais seul aux besoins de trois personnes.

 

     C'est ainsi que Jean Clarambaux naquit le soir de la Noël 1890  au hameau du Bois-de-Namur, dans le Condroz. Il était à peine né que, des six autres maisons du hameau,  les voisins vinrent rendre visite, les bras chargés de présents : des oeufs, des pommes et du lard pour le cordonnier Pierre Bréalle ; une pinte de lait et un seau de charbon pour la grande Honorine ; un coq pour François Mauvis et un cougnou... Les hommes burent du genièvre.

 

     L'enfant grandit heureux puisque "des visages familiers l'entouraient, que de bonnes mains chassaient les guêpes, les orties, les cailloux, tout ce qui faisait mal". Il aimait se promener avec son oncle Jacques qu'il aimait bien et qu'il appelait Monque.

 

     Mais le malheur frappa de nouveau la famille Clarambaux le jour où "des phrases volèrent par-dessus les haies et les jardins :

-         Un coup d'eau au Bâti-Dryane. – Il y a quarante noyés. – On dit que Jacques est resté dedans".

    

     Et le petit Jean ne revit plus Monque.

 

     L'année suivante, Marie et Jean quittèrent le hameau pour aller vivre au village de Balanges. "Il fit le grand voyage sur un chariot à ridelles, couché parmi les châlits, les traversins, les sacs de pommes de terre et les bahuts branlants". Les après-midi, Marie allait coudre chez les riches et Jean attendait son retour avec impatience : "Vous revoici enfin, Man ! Comme vous êtes bonne et belle ! Vous faites de la lumière en rentrant : vous êtes divine !"

 

     Jean apprit à lire et à écrire chez Monsieur Nalonsart, "un drôle d'homme...qui vivait de ses rentes, dans ses livres et ses journaux". Il vivait séparé de sa femme et Marie cousait pour lui. "Comme on est heureux lorsqu'on est un petit garçon de six ans qui apprend à lire". Au verso des trois cents circulaires bien cousues qui restaient après la distribution qu'il avait faite avec Monsieur Craquebise, il écrivit un livre sur les personnes et les endroits qu'il avait connus jusqu'alors, "d'affreuses caricatures et quelques lignes d'affreuses écritures sans orthographe...un plein poème de coeur d'enfant qui balbutie et bout".

 

     A cette époque il découvrit aussi la religion. Les fumées de l'encens, la musique des orgues, des histoires pleines de mystère, la procession des rogations, impressionnèrent très fort l'enfant, jusqu'à l'évanouissement même, une fois, dans l'église où Madame Phanie l'avait emmené pour la messe. Il vit son premier mort, Théophile, le vieux compagnon de Phanie et suivit son premier enterrement. A la messe il s'évanouit de nouveau.

 

     A sept ans, il entra à l'école chez M. Jacoris qui "pointait une barbiche menaçante et roulait des yeux de hibou". Il se révèla être un brillant élève et, en deuxième année d'études,  reçut le premier prix général assorti du premier prix d'application. Il ne s'entendait pas bien avec ses condisciples, son seul ami était Donat, le petit bossu, le souffre-douleur de la classe.

 

     A huit ans, il fit une pneumonie et sitôt celle-ci guérie, la petite vérole. Le soigner et le veiller nuits après jours pendant une longue période fut une épreuve éreintante pour Marie.

 

     Quand il fut guéri, il accompagna M. Craquebise, le boutiquier, dans sa tournée des vins. Ils allèrent, dans la carriole à laquelle était attelée Fanchette, jusqu'au château de Franc-Waret où il servit la vicomtesse, "la vieille comtesse" comme l'appela Jean qui en fut très confus lorsque M. Craquebise le reprit. Dans son esprit, vicomtesse était devenu vî[3] comtesse qu'il avait donc traduit en français par vieille comtesse. "Le gamin, mordu au coeur par la jalousie, regarda désespérément son compagnon. Tout s'expliquait. Craquebise était amoureux de la dame : il avait voulu humilier Jean, pour qu'elle ne l'aimât point".

 

     Le cordonnier Pierre Lardinois, par ses talents de guérisseur, avait acquis une grande notoriété et "les malades  processionnaient du matin au soir vers sa maisonnette". Il avait des visions et prétendit que "sainte Begge qui habita la région au temps mérovingien lui apparaissait". Il se mit à prêcher. Il accomplissait des miracles.

 

     Jean fut très impressionné à l'écoute du prédicateur. Il n'en dormit pas la nuit et s'enferma dans un mutisme qui inquiéta Man. Il ne mettait plus les pieds chez M. Nalonsart, il était distrait à l'école. "Il n'était plus le même enfant, le village lui-même avait changé, comme s'il avait été transporté en bloc dans un pays de légende".

 

     Quelques jours plus tard, "quarante gendarmes à cheval, suivis d'une carriole, vinrent chercher Pierre Lardinois". Une émeute se déclencha, des coups de fusil et de sabre répondirent aux jets de pierres. Jean fut témoin de la scène, s'enfonça dans l'échauffourée, la carriole était partie avec le cordonnier mais les émeutiers ne se calmaient pas, ils saccagèrent la cure, des gendarmes arrivaient de partout, tirant des coups de fusil. Man l'enleva dans ses bras et l'emporta loin de l'émeute. Il y eut deux morts parmi les villageois et un gendarme sans compter les blessés.

 

     Le lendemain, Jean ne voulut pas aller à l'école et à sa mère qui lui demandait ce qu'il avait, il répondit : "—Je me plais mal au monde". On apprit que Pierre avait été mis dans un asile avec les fous. M. Nalonsart avait dit à Jean qu'il devait choisir, qu'il ne pouvait "aimer tout le monde" et que quand il aurait compris cela, il serait comme lui, il ne voudrait plus voir personne.

 

     Il prit vraiment conscience de ce qu'était la mort avec le décès de Donat, son seul véritable ami. Il eut beaucoup de chagrin, des remords aussi de lui avoir fait faire l'une ou l'autre corvée mais surtout de l'avoir chassé de l'île de leurs jeux parce qu'ainsi le voulait Eva Rasquin, fille de la ville, nouvelle venue dans le village, qui mettait les garçons en compétition pour lui plaire et les sélectionnait. Man lui assura que Donat lui avait sûrement pardonné avant de partir et il lui dit : "nous resterons toujours nous deux...Je ne me marierai pas...jamais".

 

     Il eut bientôt douze ans. Il était redevenu sage, premier de classe chaque année à l'école et il dévorait la bibliothèque de M. Nalonsart.

 

     La mort du grand Médard, un ouvrier carrier, recouvert par les pierres comme le père de Jean, fut l'occasion, pour Marie, d'en parler  pour la première fois à son fils qui l'assaillit de questions. Elle évoqua son passé, "le profil silencieux de grand-père, l'affairement souriant de grand'mère, l'ombre affaissée de Monque et sa sainte vie d'ouvrier, la haute silhouette aux gestes larges de Jean Smal". Le gamin songeait "qu'il y avait des hommes qui se faisaient tuer pendant qu'il lisait, il y avait des hommes qui risquaient leur vie pour manger et donner à manger à leurs enfants".

 

     M. Nalonsart offrit de payer à Jean le minerval, la pension et les livres pour qu'il puisse aller à l'athénée de Huy à la rentrée d'octobre. Il ajouta cette recommandation : "si quelqu'un, plus tard, te dit du mal de moi, tu hausseras les épaules. Je méprise le milliard d'imbéciles accrochés à la terre. Mais si quelqu'un dit du mal de ta mère, tu le gifleras, car c'est une sainte femme. Tu promets ?"

 

     Marie conduisit Jean jusqu'au quai où il prit le bateau pour Huy.

      "Ah! tu repars. Mon pauvre petit, l'âme de ton village a le coeur gros. Quand tu ne verras plus, le matin à ton réveil, la ligne de mes collines et le cerne de mes bois violets, quand tu ne sauras plus où le soleil se lève ni où il se couche, ni d'où vient le vent, quand tu n'entendras plus le marteau du forgeron, le chant des coqs de chez nous, l'appel du chien du marchand de houille, les chansons mendiantes du vendredi, le "sol ! la ! si !" de mes cloches, quand tu ne verras plus passer mes bonnes gens dont on sait le nom et à qui l'on sait ce qu'il faut dire, et quand tu y penseras, tes genoux s'en iront en eau".

     S'il avait été riche, il eût fait le trajet chaque jour en train, mais là, il partait pour un mois et logerait chez Mme et M. Souplat.

                                                       

Ce livre est le premier de la série des Jean Clarambaux qui en comporte quatre autres :

     Le Retour

     L'Eclaircie

     La Rafale

     Le testament

 


[1] Village du Condroz sur la Meuse, près de Landenne-sur-Meuse, Surlemez, Petit-Waret.

[2] Minerai de fer.

[3] En wallon, vî = vieux.

12:17 Écrit par Guibert dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean tousseul |  Facebook |