08/11/2007

Lecture : "Le village gris", de Jean Tousseul

 

    

"Le village gris" de Jean TOUSSEUL.

  

   

 

     Marie Clarambaux avait appris à coudre chez une couturière de Balanges[1] où, petite fille blonde de treize ans, elle se rendait tous les jours. Son frère Jacques travaillait aux fours à chaux et son père, à la mine de fer. Elle savait "que des gens mangeaient de meilleures choses qu'à la maison, mais ce qu'on trouvait chez elle était servi sur la table, entre papa, Man et Jacques".

 

     A seize ans, elle gagnait 25 centimes par jour en cousant chez Madame Badoulet où elle restait la semaine. C'est à cette époque que son père était mort inopinément et que Jacques, son frère, tira au sort le bon numéro, celui qui l'exemptait de faire son service militaire. Peu de temps après, sa mère était morte elle aussi.

 

     C'est alors que Jean Smal entra dans la vie de la jeune femme que Marie devenait. Elle fut obligée de rester à la maison car la voisine qui s'occupait du ménage depuis la mort de sa mère n'était plus en mesure de le faire. Jean Smal demanda la permission à Jacques de rendre visite à sa soeur à la maison. Il l'obtint après avoir juré qu'il l'aimait pour de bon. "Et puis, mon Dieu ! il arriva ce qui arrive...Elle devint brusquement une grande fille, enamourée, angoissée, reconnaissante, confuse, grave soudain de ne plus rien ignorer".

 

     Leur bonheur fut de courte durée, Jean Smal, casseur de pierres, décéda accidentellement le 2 juin 1890, à l'âge de vingt ans. Peu de temps après, Marie annonça à son frère qu'elle attendait un enfant. La semaine suivante, Jacques descendit dans la mine d'oligiste[2] au Bâti-Dryane pour pouvoir subvenir désormais seul aux besoins de trois personnes.

 

     C'est ainsi que Jean Clarambaux naquit le soir de la Noël 1890  au hameau du Bois-de-Namur, dans le Condroz. Il était à peine né que, des six autres maisons du hameau,  les voisins vinrent rendre visite, les bras chargés de présents : des oeufs, des pommes et du lard pour le cordonnier Pierre Bréalle ; une pinte de lait et un seau de charbon pour la grande Honorine ; un coq pour François Mauvis et un cougnou... Les hommes burent du genièvre.

 

     L'enfant grandit heureux puisque "des visages familiers l'entouraient, que de bonnes mains chassaient les guêpes, les orties, les cailloux, tout ce qui faisait mal". Il aimait se promener avec son oncle Jacques qu'il aimait bien et qu'il appelait Monque.

 

     Mais le malheur frappa de nouveau la famille Clarambaux le jour où "des phrases volèrent par-dessus les haies et les jardins :

-         Un coup d'eau au Bâti-Dryane. – Il y a quarante noyés. – On dit que Jacques est resté dedans".

    

     Et le petit Jean ne revit plus Monque.

 

     L'année suivante, Marie et Jean quittèrent le hameau pour aller vivre au village de Balanges. "Il fit le grand voyage sur un chariot à ridelles, couché parmi les châlits, les traversins, les sacs de pommes de terre et les bahuts branlants". Les après-midi, Marie allait coudre chez les riches et Jean attendait son retour avec impatience : "Vous revoici enfin, Man ! Comme vous êtes bonne et belle ! Vous faites de la lumière en rentrant : vous êtes divine !"

 

     Jean apprit à lire et à écrire chez Monsieur Nalonsart, "un drôle d'homme...qui vivait de ses rentes, dans ses livres et ses journaux". Il vivait séparé de sa femme et Marie cousait pour lui. "Comme on est heureux lorsqu'on est un petit garçon de six ans qui apprend à lire". Au verso des trois cents circulaires bien cousues qui restaient après la distribution qu'il avait faite avec Monsieur Craquebise, il écrivit un livre sur les personnes et les endroits qu'il avait connus jusqu'alors, "d'affreuses caricatures et quelques lignes d'affreuses écritures sans orthographe...un plein poème de coeur d'enfant qui balbutie et bout".

 

     A cette époque il découvrit aussi la religion. Les fumées de l'encens, la musique des orgues, des histoires pleines de mystère, la procession des rogations, impressionnèrent très fort l'enfant, jusqu'à l'évanouissement même, une fois, dans l'église où Madame Phanie l'avait emmené pour la messe. Il vit son premier mort, Théophile, le vieux compagnon de Phanie et suivit son premier enterrement. A la messe il s'évanouit de nouveau.

 

     A sept ans, il entra à l'école chez M. Jacoris qui "pointait une barbiche menaçante et roulait des yeux de hibou". Il se révèla être un brillant élève et, en deuxième année d'études,  reçut le premier prix général assorti du premier prix d'application. Il ne s'entendait pas bien avec ses condisciples, son seul ami était Donat, le petit bossu, le souffre-douleur de la classe.

 

     A huit ans, il fit une pneumonie et sitôt celle-ci guérie, la petite vérole. Le soigner et le veiller nuits après jours pendant une longue période fut une épreuve éreintante pour Marie.

 

     Quand il fut guéri, il accompagna M. Craquebise, le boutiquier, dans sa tournée des vins. Ils allèrent, dans la carriole à laquelle était attelée Fanchette, jusqu'au château de Franc-Waret où il servit la vicomtesse, "la vieille comtesse" comme l'appela Jean qui en fut très confus lorsque M. Craquebise le reprit. Dans son esprit, vicomtesse était devenu vî[3] comtesse qu'il avait donc traduit en français par vieille comtesse. "Le gamin, mordu au coeur par la jalousie, regarda désespérément son compagnon. Tout s'expliquait. Craquebise était amoureux de la dame : il avait voulu humilier Jean, pour qu'elle ne l'aimât point".

 

     Le cordonnier Pierre Lardinois, par ses talents de guérisseur, avait acquis une grande notoriété et "les malades  processionnaient du matin au soir vers sa maisonnette". Il avait des visions et prétendit que "sainte Begge qui habita la région au temps mérovingien lui apparaissait". Il se mit à prêcher. Il accomplissait des miracles.

 

     Jean fut très impressionné à l'écoute du prédicateur. Il n'en dormit pas la nuit et s'enferma dans un mutisme qui inquiéta Man. Il ne mettait plus les pieds chez M. Nalonsart, il était distrait à l'école. "Il n'était plus le même enfant, le village lui-même avait changé, comme s'il avait été transporté en bloc dans un pays de légende".

 

     Quelques jours plus tard, "quarante gendarmes à cheval, suivis d'une carriole, vinrent chercher Pierre Lardinois". Une émeute se déclencha, des coups de fusil et de sabre répondirent aux jets de pierres. Jean fut témoin de la scène, s'enfonça dans l'échauffourée, la carriole était partie avec le cordonnier mais les émeutiers ne se calmaient pas, ils saccagèrent la cure, des gendarmes arrivaient de partout, tirant des coups de fusil. Man l'enleva dans ses bras et l'emporta loin de l'émeute. Il y eut deux morts parmi les villageois et un gendarme sans compter les blessés.

 

     Le lendemain, Jean ne voulut pas aller à l'école et à sa mère qui lui demandait ce qu'il avait, il répondit : "—Je me plais mal au monde". On apprit que Pierre avait été mis dans un asile avec les fous. M. Nalonsart avait dit à Jean qu'il devait choisir, qu'il ne pouvait "aimer tout le monde" et que quand il aurait compris cela, il serait comme lui, il ne voudrait plus voir personne.

 

     Il prit vraiment conscience de ce qu'était la mort avec le décès de Donat, son seul véritable ami. Il eut beaucoup de chagrin, des remords aussi de lui avoir fait faire l'une ou l'autre corvée mais surtout de l'avoir chassé de l'île de leurs jeux parce qu'ainsi le voulait Eva Rasquin, fille de la ville, nouvelle venue dans le village, qui mettait les garçons en compétition pour lui plaire et les sélectionnait. Man lui assura que Donat lui avait sûrement pardonné avant de partir et il lui dit : "nous resterons toujours nous deux...Je ne me marierai pas...jamais".

 

     Il eut bientôt douze ans. Il était redevenu sage, premier de classe chaque année à l'école et il dévorait la bibliothèque de M. Nalonsart.

 

     La mort du grand Médard, un ouvrier carrier, recouvert par les pierres comme le père de Jean, fut l'occasion, pour Marie, d'en parler  pour la première fois à son fils qui l'assaillit de questions. Elle évoqua son passé, "le profil silencieux de grand-père, l'affairement souriant de grand'mère, l'ombre affaissée de Monque et sa sainte vie d'ouvrier, la haute silhouette aux gestes larges de Jean Smal". Le gamin songeait "qu'il y avait des hommes qui se faisaient tuer pendant qu'il lisait, il y avait des hommes qui risquaient leur vie pour manger et donner à manger à leurs enfants".

 

     M. Nalonsart offrit de payer à Jean le minerval, la pension et les livres pour qu'il puisse aller à l'athénée de Huy à la rentrée d'octobre. Il ajouta cette recommandation : "si quelqu'un, plus tard, te dit du mal de moi, tu hausseras les épaules. Je méprise le milliard d'imbéciles accrochés à la terre. Mais si quelqu'un dit du mal de ta mère, tu le gifleras, car c'est une sainte femme. Tu promets ?"

 

     Marie conduisit Jean jusqu'au quai où il prit le bateau pour Huy.

      "Ah! tu repars. Mon pauvre petit, l'âme de ton village a le coeur gros. Quand tu ne verras plus, le matin à ton réveil, la ligne de mes collines et le cerne de mes bois violets, quand tu ne sauras plus où le soleil se lève ni où il se couche, ni d'où vient le vent, quand tu n'entendras plus le marteau du forgeron, le chant des coqs de chez nous, l'appel du chien du marchand de houille, les chansons mendiantes du vendredi, le "sol ! la ! si !" de mes cloches, quand tu ne verras plus passer mes bonnes gens dont on sait le nom et à qui l'on sait ce qu'il faut dire, et quand tu y penseras, tes genoux s'en iront en eau".

     S'il avait été riche, il eût fait le trajet chaque jour en train, mais là, il partait pour un mois et logerait chez Mme et M. Souplat.

                                                       

Ce livre est le premier de la série des Jean Clarambaux qui en comporte quatre autres :

     Le Retour

     L'Eclaircie

     La Rafale

     Le testament

 


[1] Village du Condroz sur la Meuse, près de Landenne-sur-Meuse, Surlemez, Petit-Waret.

[2] Minerai de fer.

[3] En wallon, vî = vieux.

12:17 Écrit par Guibert dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean tousseul |  Facebook |

01/11/2007

Lecture : "Les gros sous" Yves GIBEAU

 

    

"Les gros sous", d'YVES GIBEAU.

(Roman écrit à Paris en juin-août 1953).

  

     Devant l'avancée rapide des troupes allemandes, les habitants du village des Rampagnes ont reçu l'ordre de partir en exode et de franchir l'Aisne aussi vite que possible avant que l' armée française ne fasse sauter les ponts.

 

     Ils se mirent en route sous la conduite de Irénée Barbreux, leur Maire, formant un convoi hétéroclite de "voitures lourdement chargées, de chariots, carrioles, tombereaux, charrettes, attelés d'un ou de plusieurs chevaux".

 

     L'adversité, ne semblait pas rendre le groupe plus solidaire. Au contraire, la promiscuité dans laquelle les nécessités du voyage les plongeaient ne faisait qu'attiser leurs dissensions préexistantes.

 

     Il y avait cette sordide histoire d'un trésor qu'aurait possédé le vieil Arsène Gobi et à laquelle Désiré Machu croyait dur comme fer surtout depuis le jour où le vieux avait donné une pièce d'or à Gilberte, la fille de Jules Bignon, pour la récompenser d'être venue faire le ménage chez lui alors qu'il était malade.

 

     Il y avait aussi, la xénophobie dont la plupart des habitants des Rampagnes faisaient preuve à l'égard de Stani et Gusta Kukak, deux polonais non naturalisés bien que demeurant en France depuis une vingtaine d'années. Elle ne fit que s'exacerber. En plus d'être étranger, ils reprochaient à Stani que le jour de la mobilisation, "il ne courût point s'engager dans la légion polonaise pour aider à défendre sa vraie patrie, et l'autre du même coup".

 

     Logeant successivement à Ville-en-Tardenois, Montmort, Coribert, ils arrivèrent à Orvillers où la femme et les enfants de Irénée Barbreux s'étaient déjà réfugiés en 14-18 chez les Corplaux. Même si elles n'avaient plus eu de contact depuis 1925, les deux familles étaient restées en amitié et en estime. Ils y séjournèrent quelque temps, répartis chez les habitants, aidant ceux-ci aux travaux de leurs fermes.

 

     On aurait dit que la relative oisiveté à laquelle ces paysans n'étaient pas habitués excitait en eux la médisance et la haine de l'autre. Ainsi l'idylle entre, Victor Machu, le fils de Désiré, et Lucie Rouillot, à laquelle leurs parents avaient toujours été fermement opposés, faisait maintenant l'objet de ragots scandalisés de la part de certains, parmi lesquels  Mathilde Nizard "dont la fille demeurait un exemple de vertu, sans doute à cause d'une totale absence de charme et de féminité".

 

      Réfugiés et soldats débandés n'arrêtaient pas de défiler sur la route du village. "Les Boches ont pris Reims, et les voilà près d'entrer dans Epernay". Les gens des Rampagnes reprirent la route.

 

     A la sortie du village, une torpille lâchée par un avion ennemi était tombée au beau milieu de la route sur une colonne de réfugiés faisant des morts, des blessés, détruisant des véhicules et tuant des chevaux.

 

     Les attaques aériennes devenaient de plus en plus fréquentes.

 

     Un mitraillage par des avions italiens fit encore des morts dont Yvonne, la fille des Mathieu  qui, au volant de sa voiture, avait évacué Sézanne où elle demeurait. Ils la retrouvaient, morte, par ce hasard tragique. Ils la rejoignirent plus loin dans la mort, eux-mêmes pulvérisés par une bombe. Il y eut encore d'autres victimes parmi les protégés de Irénée Barbreux.

 

     A Cerisiers, alors qu'ils se reposaient dans une ferme, un feu nourri d'artillerie les obligea à fuir en désordre à travers champs. Irénée Barbreux n'eut pas le temps de récupérer le vieux Gobi dans la grange sur laquelle les éclats d'obus pleuvaient. Ses chevaux s'emballèrent et il s'épuisa à les arrêter. Il était incapable de retourner chercher Arsène, ce dont profita Désiré Machu qui trouva l'occasion trop belle pour être seul avec le vieux pour tenter de lui arracher le secret de son trésor. Malgré les protestations du Maire, il brava la mitraille, lui d'ordinaire si peu courageux, pour aller récupérer le Gobi. Il tenta de le ramener dans une brouette, mais le vieux passa de vie à trépas. Fou de rage, Désiré Machu insulta, gifla le cadavre et lui cracha dessus. Il le fouilla pour vérifier s'il n'était pas porteur d'un testament ou d'un papier quelconque. N'ayant rien trouvé, il le bascula dans un fossé et reprit sa course pour aller retrouver les autres.

 

     Les fuyards finirent par se dire qu'ils risqueraient "moins à vouloir attendre les Allemands, serrés au fond d'une cave, qu'à ramper sans but sur les routes, mêlés à des convois militaires que traquaient les avions ennemis".

 

     Ils se sont arrêtés au village de Dilo, bien décidés à mettre fin à leur fuite inutile. Il y avait surnombre de réfugiés et peu de place pour s'installer à l'aise. Mais cela ne dura pas car au passage de soldats français qui se repliaient, annonçant l'arrivée prochaine des Allemands, les réfugiés leur emboîtèrent le pas. Ceux des Rampagnes eurent ainsi toute la place dont ils avaient besoin.

 

     Durant la nuit, les premiers Allemands vinrent au village. Les réfugiés se tenaient coi et faisaient mine de dormir dans la paille d'une grange. Ils ne furent pas inquiétés. Le matin, ces éclaireurs étaient partis mais il vint d'autres Allemands, plus nombreux. Contrairement à ce que craignaient les administrés de Irénée Barbreux, les Allemands se montrèrent courtois envers eux et leur offrirent même des bouteilles de vin et du champagne. Ravalant leur fierté, de peur de susciter leur colère et de subir des violences, ils adoptèrent un profil bas et, sans pour autant fraterniser, ils acceptèrent néanmoins de trinquer avec eux.

 

     Les Allemands partis et les vapeurs de l'alcool n'y étant sans doute pas étrangères, le Maire boxa copieusement Désiré Machu qui, une fois de plus, s'était montré très injurieux à son endroit à propos, entre autres, de Arsène Gobi et de son trésor. Il avala ensuite toute une bouteille de vin à la régalade et s'affala sur sa litière. Le lendemain matin, s'en voulant de s'être battu, se sentant responsable de la mort de plusieurs de ses administrés, notamment celle de Arsène Gobi, en ayant marre de tout, il sortit, muni d'une longe pour aller se pendre dans le bois tout proche. Ses amis devinèrent ses intentions, l' empêchèrent de les réaliser et le ramenèrent avec eux.

 

     Un mois après l'avoir fui en toute hâte, ils retrouvèrent enfin leur village. Ils avaient été mal accueillis partout sur le chemin du retour. Les villageois accusaient "les évacués, quels qu'ils soient, des dégradations, des pillages, de tous les torts causés à leurs demeures, et disaient, sans honte, préférer les Allemands".

 

     Chacun a fait le constat de ses dégâts, de ses pertes d'animaux et, bien sûr, Désiré Machu, obsédé à l'idée d'y trouver le trésor caché, s'est rendu sans attendre à la maison d' Arsène Gobi, un peu en dehors du village. Le maire ayant deviné son plan le surprit quand il était déjà entré. L'altercation fut vive mais le Machu s'en alla et Irénée cloua la porte avec de grosses planches.

 

     La position d' Irénée Barbreux devenait de plus en plus inconfortable en tant que Maire du village. C'est par son intermédaire que les autorités allemandes commandaient à la population toutes les corvées, les réquisitions de toutes sortes, le menaçant, lui, d'être conduit "à Thagnon, où il y a un très bon camp pour les Français comme vous qui ne veulent plus obéir à nos ordres". De l'autre côté c'est lui encore qui essuyait toutes les récriminations des villageois qui le taxaient de faiblesse à l'égard des Allemands, si ce n'est de collaboration. Pour ne rien arranger, le Machu faisait courir des ragots à son encontre et  tournait à son avantage l'histoire du magot du Gobi, en inversant les rôles tenus par le Maire et lui-même dans cette affaire.

 

     Les terres, en grande partie, avaient été confisquées et déclarées propriété des Allemands avec en prime l'obligation pour les villageois de les cultiver sous les directives d'un chef de culture allemand qui les faisait marcher à la baguette, faisant appel au feldwebel et à ses hommes quand il y avait de la mutinerie dans l'air. Une centaine de prisonniers français furent amenés au village, logés dans l'école des filles, pour participer aux travaux des champs.

 

     Désiré Machu s'acoquina avec quelques-uns d'entre-eux, leur raconta l'histoire du trésor du Gobi, et les persuada de le chercher avec lui. L'un d'eux était radiesthésiste et son pendule, constitué d'une alliance au bout d'un fil, indiqua qu'un trésor devait effectivement se trouver dans la maison. Une nuit, le radiesthésiste et un autre des prisonniers tentèrent de s'emparer du trésor pour leur propre compte, mais ils se firent abattre par des sentinelles allemandes.

 

     C'est Stani Kukak qui allait découvrir fortuitement le magot alors que les Allemands l'avaient enfermé, gardé par une sentinelle, dans la maison du Gobi, pour une histoire de drapeau français planté dans le clocher le 14 juillet. Il s'en était accusé pour éviter au Maire, qu'il aimait bien, de payer à la place du coupable qui ne se dénonçait pas.

 

     Libéré le lendemain, il revint à la cachette avec une carnassière pour emporter les pièces d'or. Machu le surprit, se mit à sa poursuite, ameutant les villageois au passage. Pour retarder ses pousuivants, Stani jeta des poignées de pièces sur lesquelles ils se précipitèrent pêle-mêle. Il venait de jeter la dernière poignée quand une sentinelle allemande le mit en joue et le coucha, raide mort.

 

Publié chez Calmann-Lévy en 1953.

Lu et relu dans une édition du "Livre de poche".

 

Raconté par : Guibert BODART, 01.11.2007.

 

11:29 Écrit par Guibert dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yves gibeau |  Facebook |