27/09/2007

Errance

 

Entre les pieds ligneux des troënes dorés

Aux feuilles panachées où le ciel a coulé

Le trop-plein de son or -- à même le terreau

Et sur le béton froid du mur blanchi de chaux --

 

Sous le haut châtaignier d'où tombe une ombre fraîche

Où le chien paresseux tend la patte et se lèche --

Parmi les brins jaunis d’une herbe souffreteuse

Où vient par habitude un pousseur de tondeuse --

 

Un peuple indifférent aux allées et venues

Des grands pieds à semelle se laisse écrabouiller.

Un peuple silencieux à mon ouïe tendue

Comme s’il redoutait mes yeux écarquillés,

 

Le peuple des fourmis, trottant à ses affaires

Tel une foule en ville au monde des humains,

Le peuple des fourmis, comme nous sur la terre,

Va, comme s'il savait où conduit son chemin.

Guibert BODART, 27.09.2007.

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02/09/2007

Blue-jean.

 

 

    

BLUE-JEAN.

 

A la patère, un pantalon pend, loqueteux,

Souillé, frippé, empoussiéré de chaud été.

La poche baille et un mouchoir, langue de feu,

Se tire, impertinent, de la bouche édentée.

 

Sur la toile indigo, courant le long des jambes,

Le double fil cousu de coton rouge, enjambe

Un repli éclairé, comme une voie ferrée

Suspendue au-dessus de lacs et de vallées.

 

L’œil malicieux et vif d’un bouton de métal

Me fascine et me porte à rêver :  mer étale…

Un bateau blanc… Cheveux coulant entre mes mains…

Sables dorés…Soleil… Baisers d’amour sans fin…

 

Mais la lampe s’éteint et je peux bien scruter            

Le mur sous le crochet, le rêve est occulté…

Demain, il reprendra le rôle de me vêtir,

Mes pas le traîneront comme on traîne un désir.

 

Guibert BODART, poème de jeunesse (1950-1960).

   

     Mes premiers blue-jeans furent achetés dans les années 50 au marché de Saint-Ghislain qui se tenait le mercredi et où, pour cette occasion, j’avais accompagné ma mère.

     C’était une révolution vestimentaire, seuls les adolescents les portaient. Pour nous qui n’avions eut que des culottes courtes jusqu’à la communion solennelle, puis, en ce qui me concerne, le pantalon de golf qui faisait la transition entre le court et le long, c’était une sorte d’émancipation. Désormais, nous avions notre apparence propre, hors de la tradition de nos pères.

     A part quelques variantes d’aspect, cet étendard jambique a bien traversé les modes depuis un demi-siècle.

     Il méritait bien un poème.

 

Guibert BODART, septembre 2007. 

 

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